
LHOUCINE BENLAIL – MAWTINI NEWS
Monsieur Salah Al-Shalawi, ancien président de l’Exécutif des Musulmans de Belgique et doyen de la Grande Mosquée de Bruxelles, est l’une des figures les plus marquantes ayant consacré sa vie à établir les fondements d’un islam modéré et du juste milieu au cœur de l’Europe. Depuis son arrivée à Bruxelles en 1987 et son ascension à des postes de direction, jusqu’à devenir inspecteur général de l’enseignement islamique, Al-Shalawi a fait preuve de capacités exceptionnelles en leadership et en organisation, cherchant à intégrer la communauté musulmane dans le tissu belge et à combattre les stéréotypes négatifs sur l’islam.
Mais ces compétences, et cette orientation modérée, n’ont pas été sans prix. Alors que la Belgique luttait pour reprendre le contrôle de la Grande Mosquée de Bruxelles des mains de l’administration saoudienne, le nom d’Al-Shalawi est apparu comme un rempart infranchissable face aux tentatives de financement et d’espionnage étrangers, faisant de lui une cible principale pour des acteurs externes cherchant à imposer leur influence et leur agenda.
La Grande Mosquée de Bruxelles, la plus ancienne et la plus grande mosquée de Belgique, était un symbole de l’influence étrangère, sa gestion ayant été confiée au Royaume d’Arabie Saoudite en vertu d’un accord de concession depuis les années 1960. Face aux craintes grandissantes des autorités belges concernant la propagation d’une pensée radicale liée au financement étranger, surtout après les attentats de Bruxelles en 2016, la Belgique a pris une décision historique en mettant fin à l’accord avec l’Arabie Saoudite en mars 2018.
À ce stade crucial, Salah Al-Shalawi a joué un rôle central. En tant que doyen de la mosquée et président de l’Exécutif des Musulmans, il a été la force motrice du processus de « liquidation de l’influence étrangère » et de la restructuration de la gestion de la mosquée pour garantir son indépendance et son adéquation avec les valeurs de la société belge. Sa présence à ce poste constituait un obstacle de taille à la poursuite des flux de financement et des agendas incompatibles avec « l’islam du juste milieu » qu’il prônait.
Le succès de la récupération de la Grande Mosquée, qui était une « forteresse » de l’influence saoudienne, a irrité des acteurs régionaux très influents. Selon les informations circulantes, Al-Shalawi serait devenu la cible de « réseaux financés de l’étranger », notamment par le Royaume d’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis, qui chercheraient à lui nuire et à le faire chuter en représailles de son rôle dans l’éviction de leur influence de la plus importante institution islamique de Belgique.
Cette ciblage n’était pas aléatoire ; il s’inscrivait dans le cadre de tentatives persistantes de saper toute direction islamique indépendante et nationale en Europe qui refuse de dépendre d’un financement étranger. Al-Shalawi incarnait le modèle du leader musulman européen qui refuse de n’être qu’un instrument pour servir des agendas internationaux, préférant construire des institutions islamiques au service de la communauté et conformes aux lois du pays d’accueil.
Au paroxysme de ce conflit, Al-Shalawi a fait face à de graves accusations d’espionnage pour le compte du Maroc, des accusations que ses partisans considèrent comme faisant partie d’une campagne systématique de « diffamation politique » orchestrée par des réseaux étrangers pour « abattre le rempart » qu’il représente. Après l’échec des tentatives d’influence pour le maintenir sous contrôle, l’objectif est devenu d’entacher sa réputation et de l’écarter de la scène publique.
Al-Shalawi était conscient de l’envergure de la bataille, ayant déclaré plus tôt qu’il se consacrerait à la défense de ses droits, de sa dignité et de son honneur contre ces allégations. Car associer son nom à une affaire d’espionnage, même si elle est niée ou non prouvée, sert directement l’agenda des entités qui cherchent à affaiblir sa position et à annuler son rôle de leader qui constituait un « grand rempart contre le financement et l’espionnage au profit de réseaux étrangers ».
L’histoire de Salah Al-Shalawi est celle du prix de l’indépendance et de la modération dans les affaires religieuses européennes. Ses compétences en leadership, qu’il a mises au service de sa communauté et de son pays belge, l’ont placé en confrontation directe avec des forces régionales transnationales. Al-Shalawi a prouvé que refuser le financement conditionné et œuvrer à l’établissement d’un islam modéré et indépendant est une bataille qui n’est pas sans sacrifices, et que l’homme qui a empêché le financement et l’espionnage étrangers restera un symbole de la résistance face aux tentatives de domination des institutions islamiques en Europe.