
LHOSSINE BENLAIL – MAWTINI NEWS
Le Hajj est l’un des piliers fondamentaux de l’Islam, un voyage spirituel dont rêvent les musulmans toute leur vie, économisant sou après sou pendant de longues années dans l’espoir que leurs pas foulent un jour la terre sainte des Deux Lieux Saints. Mais ces dernières années, ce rite sacré s’est transformé, dans certains cercles, en un marché noir lucratif, géré par des courtiers qui n’hésitent pas à exploiter le caractère sacré de la Maison Sainte à des fins commerciales sordides et criminelles.
Les autorités compétentes reçoivent des plaintes répétées de la part de centaines de pèlerins marocains résidant en Belgique et en France, victimes d’agences de voyage prétendant organiser des séjours de Hajj et de Omra. Ces citoyens, pour la plupart des gens simples ayant économisé pendant des années, ont versé des sommes considérables allant jusqu’à des dizaines de milliers d’euros, pour découvrir finalement soit qu’ils ne voyageraient pas du tout, soit qu’ils seraient soumis à des conditions d’hébergement et de transport inhumaines, totalement contraires à la spiritualité des rites. Il s’agit d’une escroquerie flagrante qui exploite les sentiments religieux les plus élevés pour les transformer en source de profit rapide.
Mais l’affaire ne se limite pas à la fraude directe. Selon des informations précises dont disposent les autorités sécuritaires et financières, des enquêtes sont en cours sur des réseaux qui exploitent le système du Hajj et de la Omra pour blanchir de l’argent. Des fonds suspects transitent via des pèlerins ordinaires ou par le biais de transactions fictives, et cette couverture religieuse est utilisée pour financer des entités et des réseaux à Londres et en France. Des enquêtes ont même révélé l’existence de bureaux suspects liés à ces réseaux en Guinée-Bissau, où une partie de ces opérations financières obscures est gérée loin du regard des autorités de contrôle européennes et marocaines.
Cette double exploitation – l’escroquerie envers le pèlerin et le blanchiment d’argent sous couvert religieux – représente une atteinte directe à la dignité des musulmans et à l’image même du rite. Elle transforme la Maison de Dieu, de qibla des croyants, en un couloir de crime organisé, et fait perdre confiance dans les agences censées être un intermédiaire fiable entre le pèlerin et l’accomplissement de son devoir religieux.
Face à cette réalité préoccupante, une action ferme s’impose. Les autorités marocaines et européennes doivent intensifier la surveillance des agences opérant dans le secteur du Hajj, et renforcer les contrôles financiers et juridiques sur tous ceux qui interviennent dans ce secteur sensible. Les pèlerins eux-mêmes doivent également faire preuve de prudence et de vigilance : ne traiter exclusivement qu’avec des agences officiellement agréées par le ministère saoudien du Hajj et le ministère marocain des Habous et des Affaires islamiques, ne verser aucune somme en espèces sans reçu officiel et contrat signé clair, et signaler immédiatement tout soupçon d’escroquerie ou de fraude aux ambassades et consulats marocains ou aux autorités compétentes dans les pays de résidence.
La Maison de Dieu est une responsabilité qui nous incombe à tous, et la dignité du pèlerin est une ligne rouge. Nous ne permettrons pas aux courtiers de la religion et aux profiteurs de crises de transformer le plus noble des rites de l’Islam en un commerce vil et un instrument de blanchiment d’argent sale. Il est temps de restituer la sacralité du Hajj des mains de ceux qui l’exploitent.