
LHOUCINE BENLAIL – MAWTINI NEWS
Dans le lexique d’une diplomatie avisée, une «longue mission» témoigne normalement d’une performance exceptionnelle et non d’une exemption d’évaluation. Cependant, le cas marocain à Bruxelles, sous l’égide de l’ambassadeur inamovible Mohamed Ameur, offre un modèle unique d’«inertie en mouvement». Sa mission diplomatique s’est étirée sur près d’une décennie, se transformant d’une représentation du Royaume en une simple «figuration temporelle», qu’aucune percée qualitative sur la scène européenne complexe ne vient justifier. L’ambassadeur Mohamed Ameur a battu un record de longévité à son poste, mais il a également brisé le plafond des attentes envers une ambassade située au cœur des décisions européennes.
Plus de neuf ans dans une capitale où se forgent les agendas et se décident les luttes d’influence auraient dû suffire à redessiner la carte de l’influence marocaine. Pourtant, le bilan, selon les observateurs, ne dépasse guère une «gestion de présence» plutôt qu’une «gestion d’influence». Depuis son passage de député et membre du bureau national de l’Union Socialiste des Forces Populaires (USFP), en passant par un portefeuille ministériel en tant que ministre délégué, jusqu’à son siège d’ambassadeur inamovible, son actif est resté confiné à son « réseau de relations personnelles ». Au fil des ans, ce réseau est devenu semblable à une «monnaie ancienne» qui ne suit plus le rythme des transformations politiques et médiatiques en Belgique et en Europe. L’ambassadeur s’est contenté de s’appuyer sur son passé au lieu de bâtir un nouvel avenir diplomatique pour le Royaume Chérifien, faisant de la présence une fin en soi et de l’absence de résultats une caractéristique. Il semble avoir exploité sa longévité comme un message à l’adresse de ceux qui lui sont subordonnés, affirmant implicitement : «Je suis l’ambassadeur résident et permanent, et nulle parole ne prévaut sur la mienne».
Et il a raison ! La question embarrassante qui se pose aujourd’hui ne concerne pas seulement le «pourquoi» de son maintien pendant tout ce temps, mais plutôt : «Qui a permis ce maintien ?», «Qui le protège et le couvre ?». Les prolongations successives d’une mission qui aurait dû s’achever en 2019 soulèvent d’énormes points d’interrogation, doublés d’un point d’exclamation, sur le «mécanisme de protection» dont bénéficie l’ambassadeur Mohamed Ameur, le mettant à l’abri du mouvement habituel de rotation diplomatique. Cette imbrication entre «considérations personnelles» et «intérêt institutionnel» suscite des doutes sur le coût de cette «stabilité forcée» pour l’image et l’efficacité de la diplomatie marocaine, ainsi que sur son autorité exercée sur les ressortissants de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste, durant toute cette période.
L’inertie ne s’est pas limitée à la performance, elle s’est étendue au «discours diplomatique» de l’ambassade, resté enfermé dans un cercle vicieux de rhétorique traditionnelle, loin du langage d’influence et de modernité. Le discours est devenu un simple «écho» et non une «onde», rendant l’ambassadeur Mohamed Ameur plus proche d’un «orateur populaire» que d’un «ingénieur d’influence» dans une arène qui exige la précision d’un chirurgien et l’intelligence d’un fin politique.
Quant à l’association «Les Amis du Maroc», censée être un instrument de «soft power» pour l’influence, elle s’est transformée en un «budget ouvert» ne produisant que de la «consommation». C’est une structure qui consomme les fonds de l’État destinés à la défense des intérêts stratégiques du Royaume, sans laisser de trace tangible face aux journalistes et aux militants des droits de l’homme qui guettent le Maroc sur la scène européenne. L’association est devenue une simple «façade symbolique» pour l’ambassadeur, dissimulant un vide sidéral en termes d’influence.
La diplomatie est, par essence, une course aux résultats et non une course contre la montre. L’expérience de l’ambassadeur Mohamed Ameur à Bruxelles, qui a duré près d’une décennie, constitue aujourd’hui un fardeau silencieux pour Rabat avant même de l’être pour Bruxelles. Il est temps de rompre cette inertie et d’ouvrir la porte à une nouvelle génération de diplomates, dotés des outils du Maroc de 2026, au lieu de continuer à gérer des dossiers avec des méthodes datant d’une décennie révolue.
La question n’est pas de savoir s’il doit partir, mais quand la protection dont il bénéficie sera levée pour que soit réexaminée cette mission, devenue le symbole d’une «exception négative» dans le parcours de la diplomatie marocaine.